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  • Les fées


J'ai toujours été fasciné par l'inconnu, particulièrement par les créature de l'inconnu. Je ne sais réellement pas quand cette obsession a commencé. Ça a probablement commencé lorsque j'étais encore gosse et que je passais mes journées à regarder des documentaires télévisés sur les aliens, Yéti, Bigfoot, monstres marins et leurs compagnons.


Mon obsession m'a fait gagner bien des coups de poing venant des brutes à l'école et bien des surnoms tirés des créatures que j'aimais tant. Mais comme un bon nerd, j'ai replacé mes épaisses lunettes et suis allé au collège, où j'ai étudié la zoologie, pour finir par obtenir, éventuellement, une maîtrise puis un doctorat. Durant ce long parcours, j'ai découvert la gym, l'alcool, les femmes, le sexe et une panoplie d'autres choses que la vie avait à offrir. Toutefois, ma principale passion était la cryptozoologie. 


J'ai passé deux années entières de la fin de ma vingtaine à parcourir le monde aux côtés de réputés biologistes, zoologistes, biologistes marins, à la recherche de nouvelles espèces, étudiant aussi les espèces que le monde connaissait moins. Mes collègues et moi avions trouvé de nouveaux insectes, poissons, reptiles, mais nous n'avions rien trouvé pouvant se qualifier d'étrange ou mythique. Je m'étais créé une petite réputation dans le domaine de la science; les gens aimaient dire que je pouvais trouver tout sauf le Bigfoot. J'aimais bien ma petite notoriété. 


Après ces deux excitantes années, j'ai décidé que je voulais travailler dans un lieu plus traditionnel. Même si créer des empreintes partout autour du monde était amusant, j'étais tanné de ne jamais être plus que deux semaines au même endroit. Je voulais aussi passer plus de temps à rechercher mes fameux monstres, plutôt que de travailler dans l'expédition de quelqu'un d'autre.


J'ai fini par décrocher un poste dans une grande université d'état en Ohio, j'enseignais dans le département de la biologie. J'ai aussi lancé mon propre club de cryptozoologie, qui a, étonnement, attiré une quantité incroyable d'étudiants. Avec la permission de l'université, j'emmenais ces étudiants à des lieux réputés pour être hantés, ou à la supposée maison d'une créature fantastique. On revenait toujours avec un enregistrement auditif banal, une vidéo floue ou une photo médiocre. On n'a jamais rien trouvé de concluant, mais c'était amusant pour moi et mes étudiants; je les emmenais à réfléchir hors de la boîte à questions que nous connaissions déjà sur notre monde. La passion d'essayer de trouver l'inconnu que j'ai pu observer dans mon groupe n'a fait que renforcer mon intérêt pour la cause. 


Comme je l'ai dit plus tôt, ma principale passion était la cryptozoologie... jusqu'à un party de Noël entre collègues. Là-bas, j'ai rencontré Diane. C'était une magnifique femme aux cheveux bruns partageant mon âge qui travaillait dans le département du français, où elle enseignait la littérature créative. Je savais qu'il fallait que je rencontre cette femme. Je n'étais plus ce nerd maigrichon que j'étais au secondaire, non. J'étais en forme, j'avais réussi dans la vie et je n'étais pas trop repoussant (selon moi). J'ai utilisé une banale phrase pour me présenter, elle m'a répondu par une phrase encore plus banale. On a ri et parlé toute la soirée, on a échangé nos numéros de téléphone, et le reste... ça appartient au passé. 


Après quelques mois et surtout après quelques rendez-vous, nous avons emménagé ensemble. Je n'avais jamais ressenti autant d'amour envers une personne auparavant. Nous partagions beaucoup de points en commun, mais on restait tout de même différents sur plusieurs point. J'aimais être dehors au grand air, elle préférait rester à l'intérieur avec une couverture bien chaude. J'étais toujours très occupé, elle était toujours détendue et calme. On aimait par contre tous deux savourer un verre de vin blanc et dévorer un bon livre. Elle était aussi écrivaine, et a écrit quelques histoire à propos de créature rendues réelles par les yeux des plus imaginatifs. J'ai lu plusieurs de ses histoires et son livre, qui était centré sur des fées dans une forêt et des enfants. 


"Diane !", ai-je dit après avoir fini sont plus récent ouvrage, alors que j'étais étendu sur le canapé. "T'ai-je déjà dit que tu es une excellente écrivaine ?"


Diane était à la cuisine, affairée à son fameux poulet aux fines herbes. "Oui, mais tu peux me le redire encore une fois si ça te chante", m'a-t-elle répondu sur un ton moqueur.


"Est-ce que je peux te poser une petite question ? Où trouves-tu ton inspiration pour ces histoires ?" Elle est sortie de la cuisine en se lavant les mains avec une serviette humide. "Je la prends des histoires que ma grand-mère me racontait lors des rares fois où j'allais la visiter au Canada pendant ma jeunesse." J'étais maintenant assis sur le canapé, et elle est tranquillement venue me rejoindre. "Raconte moi en plus" ai-je dit tout excité. 


"Quand j'étais jeune", je pouvais lire le sentiment de nostalgie sur son visage, "on allait visiter ma grand-mère en Alberta chaque été. Elle vivait dans une ville appelée New Village. Il n'y avait pas beaucoup d'habitants, mais c'était une magnifique ville ombrée par les pics enneigés. Il y avait une énorme forêt de pins qui séparait la ville des montagnes les plus rapprochées. Elle occupait une superficie d'environ quelques centaines de mètres carrés. Au pied de la montagne la plus proche, il y avait un lac dont l'eau était aussi claire que du cristal, plein de poissons, et qui s'écoulait par un petit ruisseau. Tous les enfants de la ville allaient jouer dans la forêt, autour du lac, aux abords du ruisseau, mais avaient reçu l'ordre très clair de ne pas rester dans les bois une fois que le soleil avait craché ses derniers rayons. Cet ordre était appliqué très sévèrement par les habitants de la ville, y compris ma grand-mère." Diane a pris une petite pause.


"Continue", l'ai-je encouragée avec un sourire. "Ma grand-mère me racontait des choses à propos de fées et à quel point elles aimaient jouer des tours aux gens. Que si je désobéissais à mes aînés, elles m'enlèveraient pour toujours. Ces histoires me foutaient la trouille à l'époque. Mes parents n'aimaient pas le fait qu'elle me racontait ces histoires, mais ils étaient bien d'accord sur le fait que je devais rentrer avant la tombée de la nuit. Étant devenue un peu plus vieille, ses histoires ne m'ont plus vraiment dérangée, jusqu'à ce que l'un des jeunes garçons avec qui j'avais l'habitude de jouer chaque été avait été porté disparu dans les bois. Il avait fugué sa maison un soir après s'être disputé avec son père. Ils ne l'ont jamais retrouvé, et les habitants ne se cassaient pas la tête à chercher après les heures du jour. Je n'en croyais pas mes oreilles: les gens ne cherchaient pas dans la forêt après la tombée de la nuit ! C'est à penser qu'ils croyaient tous aux fées des bois ! Les fées dans mes livres, elles, sont espiègles, mais beaucoup plus gentilles que celles dans les histoires de ma grand-mère. Elles n'enlèvent jamais de personnes."


Le visage de Diane était maintenant mi-souriant. "C'est ton truc hein ?"

"Qu'est-ce que tu veux dire ?" Je l'ai regardée partiellement confus.

"Tu sais, des créatures imaginaires qui vivent dans des bois". Elle me regardait avec un sourire de pétasse.  


"Bien, j'ai lu et entendu un peu sur les fées dans le folklore, mais ce n'est pas quelque chose sur laquelle beaucoup de cryptozoologistes dépensent beaucoup de temps. Par contre, je n'ai jamais entendu parler d'une ville où les habitants sont effrayés de fées. Cela pourrait être amusant d'investiguer là-dedans."


Un sourire espiègle s'afficha sur les lèvres de Diane "Bien. Mes parents veulent te rencontrer et je veux que tu les rencontres". Ma grand-mère est décédée il y a plusieurs années et mes parents ont hérité de sa maison. Ils ont pris leur retraite et y habitent maintenant. Tu pourrais venir cet été lorsque j'irai les visiter; tu en profiteras pour essayer de régler le problème de fées de la ville." Elle était debout devant moi, en train de faire des yeux de chien battu pour que j'accepte.


Nos plans pour l'été étaient faits, et en juin, je me trouvais sur un avion partant de l'Ohio vers l'Alberta accompagné par Diane et un sac rempli de mon matériel d'enregistrement, que j'apportais lors de mes sorties avec mes étudiants. 


Lorsque nous sommes arrivés, on a loué une voiture et on a conduit pendant ce qui m'a semblé une heure dans une immense forêt de pins. On a ensuite quitté la route venteuse où nous étions pour se diriger vers une route rocheuse et montagneuse. Quinze minutes plus tard, nous sommes arrivé dans ce qui ressemblait à une ville fantôme. Il y avait plein de petits magasins, tous fermés, et même un vieil hôtel inachevé datant des années soixante. 


"Cette ville est devenue une ville fantôme, mais des gens y vivent encore", a dit Diane alors que notre voiture passait à côté des nombreux bâtiments abandonnés. Après quelques courtes minutes, notre voiture était garée dans l'allée de ses parents. Leur maison reposait sur le bout d'un cul-de-sac, précédée de douze autres maisons. Derrière leur maison se tenait la forêt de pins bien garnie qu'elle m'avait tant décrite. Dans l'arrière-plan, on pouvait apercevoir plusieurs gigantesques montagnes couronnées d'un pic enneigé. 


Ses parent nous ont accueillis dans l'embrasure de la porte, le sourire aux lèvres. Diane, toute excitée, est allée donner un long et chaleureux câlin à ceux à qui elle devait la vie. J'ai essayé le plus possible de cacher le fait que de rencontre les parents de ma compagne pour la première fois était une expérience très stressante pour moi, ai serré leurs mains et me suis présenté comme étant John, le gars qui était là pour résoudre leur problème de fées. Ils ont tous les deux affiché un léger sourire, avant de  de marmonner à travers leurs dents: "le problème est sous contrôle, entrez, le dîner est presque prêt." Ma tentative d'être drôle s'est avérée être plus embarrassante qu'autre chose. 


Le dîner, lui, s'était bien passé. On a parlé du voyage et de ce que je faisais à l'université. Une fois nos ventres pleins, le père de Diane m'a invité à prendre une bière sur la terrasse arrière. "Alors... tu enseignes la cryptozoologie à l'université ?" A-t-il dit avant de prendre une grande gorgée de sa bière bien froide. "Non, j'enseigne le comportement animal et les interactions sociales de ces derniers; j'aimerais enseigner la cryptozoologie, mais il faudrait que je fasse un programme spécial et que je le fasse approuver avant de pouvoir." Je me suis laissé tomber sur une chaise longue, et ai enfin commencé à apprécier ma bière. "Je suppose que Diane t'a raconté plein d'histoires étranges à propos de fées qui habitent notre forêt." Je lui ai donné un petit coup de tête vers le bas avant de prendre une autre gorgée. "Elles sont toutes vraies, ça peut sonner fou et peu crédible, mais elles sont toutes vraies. Ma femme me racontait ces histoires aussi, je ne l'aurais probablement jamais crue si je n'avais pas expérimenté des trucs étranges et insolites; la nièce de notre voisin est disparue dans cette forêt un soir il y a de cela deux ans." Il a pointé la forêt de pins qui était juste derrière lui en buvant une gorgée.


"Une sécheresse ravage nos sols depuis quelques années, les pins commencent à sécher et à aborder une teinte brunâtre. Avant, la forêt laissait voir du vert et du noir. Maintenant, tout ce que l'on voit, c'est une couleur brune déprimante." Le père de Diane a fini sa bière d'une seule traite, et a regardé le ciel. Les pins avaient effectivement l'air desséchés et tiraient sur le brun, même sous les chaleureux rayons du soleil. L'air n'était pas rempli de l'odeur typique des pins, non, il était seulement frais et sec.


"Est-ce que tu veux voir un tour de magie ?", M'a-t-il demandé avec entrain 

"Uh... d'accord", lui ai-je répondu, persuadé qu'il allait faire sortit une pièce de monnaie de derrière mon oreille. 

"Regarde le portail de derrière, le soleil sera couché à environ 9 heures aujourd'hui. Environ à cette heure, le loquet va se déverrouiller et la porte s'ouvrira toute seule, sans les mains !" La cours arrière des parents de Diane était clôturée, et le seul moyen d'y entrer par l'extérieur était ce portail, qui faisait directement face à la forêt. Quelques branches de conifères pendaient même au-dessus de ce fameux portail.  


Je n'étais pas trop sûr de comment prendre l'affirmation du père de Diane, alors j'ai attendu. Le soleil est allé se coucher derrière les montagnes, alors que, peu de temps après, l'horloge affichait 9h00. J'ai fini ma bière alors que moi et le père de Diane étions assis silencieusement. J'étais sur le point de me lever et de dire au père de Diane que c'était la blague la plus longue qu'on m'avait jamais faite, quand un bruit de grattement venant de la clôture a attiré l'attention de mes oreilles. Ça venait d'un des coins de la clôture et faisait le même son que si un enfant traînait un bâton sur cette dernière. Le son s'est rendu jusqu'au portail. Je fixais le portail, ne portant pas attention à Diane et à sa mère qui était venues nous rejoindre. "Clic" fit le loquet juste avant que la porte s'ouvre tranquillement comme si elle était poussée par une force invisible. 


"Impossible", ai-je marmonné juste avant que mes pieds aient commencé à ce rendre dans la direction du portail. Une force qui avait agrippé mon bras m'a ramené sur la terrasse. C'était le père de Diane. 

"Ne va pas là-bas", m'a-t-il dit avec une voix et un visage sévère 

"Robert, laisse-le partir", a interrompu la mère de Diane. 

"John, ne va jamais près des bois lorsque le soleil n'est plus présent."

"Maman... papa... arrêtez." Diane m'a rapidement éloigné de ses parents.

"Vous me faites honte." Elle m'a regardé, et m'a dit: "je t'emmènerai dans les bois demain, d'accord ? Maintenant rentre." Elle est gracieusement rentrée dans la maison.

Me sentant mal à l'aise, j'ai prétendu boire une dernière gorgée dans ma bouteille de bière vide, et ai aligné mes pieds vers la porte, pour essayer de rattraper Diane. 


"Tu peux aller dans les bois pendant autant de temps que ça te chante durant la journée, mais du moment que le soleil se couche, tu dois en sortir", m'a dit Robert alors que je franchissais le seuil de la porte. Mes pieds se sont arrêtés, et je l'ai regardé. Son visage affichait une pression d'inquiétude. J'ai regardé la mère de Diane... la même expression.

"Diane t'aime vraiment beaucoup, John" a commencé sa mère. "Nous préférerions  que tu quittes avec elle lorsque ton séjour ici sera terminé. Explore tant que tu le voudras, mais écoute nous à propos des bois."


"Oui, écoute moi et Mary", m'a dit Robert, presque en me suppliant. Mes yeux se sont tournés vers le sol. "Je comprends, je vais prendre votre avertissement en considération. J'ai apporté avec moi quelques caméras et fils; est-ce que je pourrais installer une caméra sur le portail demain ?"


"Tout me va, fait juste bien attention de tout avoir fini lorsque la nuit tombera."

J'ai acquiescé et suis rentré, me sentant un peu confus par rapport à l'insistance des parents de Diane à ne pas aller dans les bois la nuit. 


Diane et moi sommes allés nous coucher, et alors que sa tête était couchée sur mon torse, je repensais aux événements. Est-ce que les parents de Diane croyaient réellement aux fées ? Est-ce que l'expression d'inquiétude sur leurs visage était bel et bien réelle ? Et si tout cela n'était qu'un coup monté; que quelqu'un avait traîné un bâton sur la clôture et que Robert et Mary m'avaient fait croire que c'était quelque chose d'autre ? 


"Ta famille croit vraiment aux fées, n'est-ce pas ?", ai-je demandé à Diane. 

Elles est montée sur moi et face à face, m'a répondu: "c'est embarrassant, pas le fait qu'ils croient en ce genre de chose, mais le fait que pour eux, les bois sont catégoriquement un mauvais endroit. Si j'aurais été plus rebelle étant gamine, je me serais probablement enfuie plusieurs fois dans cet amas d'arbres. Ils commencent à agir comme ma grand-mère. En plus, le truc de la clôture commence à être passé date; il me l'a fait il y a deux ans de cela, et a insisté sur le fait que ce n'était pas lui."


Plus Diane parlait, plus elle devenait agacée. "Je vais t'emmener dans les bois demain. Tu verras, je jouais là souvent lorsque j'étais jeune. Il n'y a rien d'étrange là-bas." Je l'ai collée et embrassée, avant de dire: "d'accord, nous allons vivre une aventure demain, mais pour le moment, dormons".


Le lendemain matin, Diane m'a amené dans les bois de pins, juste après le déjeuner. Elle me montrait chaque chose dont elle se souvenait: elle m'a montré son sentier préféré, qui était enseveli sous une impressionnante quantité de feuilles et de plantes. Elle m'a montré sa partie de lac préférée. Elle m'a montré sa rive de lac favorite. Les bords du lac étaient tapissés de poisson mort, mais, étonnement, l'air n'était pas rempli d'une odeur de poisson en décomposition.  


"C'est une honte qu'ils soient tous morts, le lac était très propre lorsque j'étais jeune. On y venait même parfois faire de la pêche", m'a-t-elle raconté alors que nous naviguions les pourtours du lac. Sur un côté du lac, il y avait une vieille fondation d'un bâtiment. Diane m'a dit que c'était supposé être une loge pour les visiteurs du lac dans les années soixante, mais qu'elle n'a jamais été terminée. La fondation toute craquelée et mousseuse ressemblait plus à une version pathétique de Stonehenge qu'à autre chose. 


Vers midi, nous nous sommes mis en accord qu'il était temps de quitter les bois et de se diriger vers la maison de ses parents. Alors que nous marchions dans les bois, main dans la main, je me suis étonné de constater qu'elle pouvait naviguer les bois à l'aide de seulement ses souvenirs d'enfance. J'ai remarqué que tous les pins étaient brun. Le tronc de chaque arbre était grand, voire même gonflé. Diane m'a mentionné que, malgré la sécheresse, il pleuvait tout de même un peu au printemps. Je trouvais étrange aussi que la forêt soit sèche mais que le lac et le ruisseau ne soient pas à bas niveau. 


Lors du dîner, Robert a abordé le sujet de la cryptozoologie et mon intérêt face aux fées. 

"Tu devrais parler à  Daniel Whitefeather. C'est un détective et il vit à quelques maisons de chez nous. C'est aussi l'une des seules personnes ayant vécu toute sa vie ici. Il est comme une sorte d'historien amateur de l'endroit et a plein d'histoires à raconter sur les fées des bois... Je vais l'appeler et lui dire que tu passeras le voir." Robert m'a donné un petit bout de papier sur lequel était écrit son adresse. Avec l'encouragement de Diane, je me suis présenté à sa porte durant l'après-midi, pendant qu'elle et sa mère étaient parties faire une séance de magasinage dans la ville voisine. 


J'ai cogné plusieurs fois sur la porte, n'étant pas vraiment sûr si il allait être à la maison ou non. Le loquet s'est déverrouillé puis, la porte a laissé place à un homme âgé au visage battu par le temps. 

"Êtes-vous Daniel ?", ai-je demandé en levant ma main dans les airs, prêt à une poignée de main.

"Mon nom est John et..."

"Tu veux en savoir plus à propos des bois, correct ?", m'a-t-il coupé. 

"Robert m'a appelé et parlé de toi. Entre, il me reste quelques heures avant de retourner travailler et couvrir mon quart de nuit." 

Je suis entré dans sa maison. Elle était spacieuse et était remplie d'animaux et poissons empaillés; et de ce qui semblait être des bibelots de la nation américaine. Il m'a guidé dans son salon, et m'a fait signe de m'asseoir. Son salon était rempli de tous côtés par des étagères et des bibliothèques. Il n'y avait pas de télévision, et une mince couche de poussière recouvrait chaque surfaces plates. 


"Qu'est-ce que tu veux savoir ?" Daniel s'était assis en face de moi. 

"Bien tout ce que vous savez à propos de la forêt et des supposées créatures qui y vivent. J'étudie les créatures de l'inconnu, créatures mythologiques ou peu importe comment vous voulez les appeler. Je suis familiarisé avec les fées par le folklore, mais je n'ai jamais entendu parler d'une ville effrayée à un tel point par ces créatures comme c'est le cas ici." Daniel a regardé le plafond, comme pour faire descendre ses pensées vers sa bouche.

"Ma tribu, ou plutôt mes ancêtres, ont été les premiers à s'installer sur ce territoire. Alors que la tradition orale allait, ils étaient une tribu fière, qui comptait beaucoup en nombre. Mais, après plusieurs hivers froids et plusieurs embûches avec d'autres tribus, leur nombre a diminué considérablement, et leurs ennemis les ont virés de leur terre. Après avoir arpenté les sols à la recherche d'un nouveau territoire, ils ont fini par trouver l'endroit où nous nous trouvons aujourd'hui. Gelés, affamés et recherchant désespérément un abri, ils se sont sentis bénits d'avoir trouver un endroit où se cacher, possédant un vaste environnement favorable à la chasse et une rivière à l'eau glacée."

Je le regardais passionnément alors qu'il prenait une pause.


"L'histoire raconte que lorsqu'ils sont arrivés ici, il était interdit pour eux d'entrer dans la forêt par les créatures qui y vivaient. Mes ancêtres les appelaient les marcheurs des bois. Ils disaient que ces derniers étaient les gardiens de la forêt de pins. Leur chef, voyant son peuple sans nourriture et abri, a fait un marché avec les marcheurs des bois. Mes ancêtres pouvaient pêcher, chasser et vivre à cet endroit, à condition qu'à chaque pleine lune, ils donnent l'un des leurs."

"Attendez ! Ils faisaient... un sacrifice ?"

"Oui, chaque pleine lune, ils envoyaient un membre de la tribu dans les bois. Ses cris remplissaient le ciel sombre de douleur. C'était quelque chose d'horrible, mais leur chef était prêt à faire ce sacrifice. Les années passèrent et, sacrifice après sacrifice, le nombre de fidèles a grandement diminué. Au moins, ceux qui survivaient avaient de la nourriture, de l'eau fraîche et un endroit pour dormir."


Daniel s'est levé de sa chaise, s'est approché d'une des nombreuses bibliothèques et en a sorti un livre muni d'une couverture faite en cuire, et des bouts de pages jaunis par le temps. Il a laissé tomber le livre sur la table à café qui se tenait devant moi, avant qu'une tornade de poussière se déclenche dans le salon. 


"Désolé, je suis très occupé ces derniers temps et je n'ai pas le temps de faire le ménage". Daniel s'est retourné et a toussé dans sa manche, avant d'essayer de faire partir la poussière à l'aide de ses deux bras.


"Ce n'est pas un problème", ai-je calmement répondu. 

"Mais comment une légende indienne s'est transformée en une ville effrayée par une forêt ?"


"Ce livre", il a pointé l'épais ouvrage, "contient toutes les histoires des marcheurs des bois, passées de génération en génération dans ma tribu. J'ai commencé à l'écrire alors que j'étais jeune. Elles m'ont été racontées par mes aînés, membres de famille et bien d'autres gens, avant que la mort fasse son travail. Je suis le dernier de ma tribu et je crois qu'il est temps que je donne mes informations à quelqu'un d'autre".


Daniel est retourné s'assoir dans sa chaise, maintenant que la poussière était retournée au repos.

"Tout a changé lorsque l'homme blanc est arrivé sur nos terres. C'était un explorateur. Mes ancêtres ne l'ont pas vu comme étant une menace et l'ont laissé passer. Il a fini par trouver de l'or dans la rivière. Il l'a dit à d'autres personnes. Ils furent bientôt plusieurs à arpenter la rivière à la recherche du précieux métal. Ils avaient apporté de la fourrure, du fer, des perles et des fusils. Ils étaient prêts à échanger ces biens contre des parties de terre, pour avoir un endroit où habiter alors qu'ils prospectaient. Mes relatifs ont accepté. Les hommes blancs coupaient des arbres et ont fini par construire la ville où nous nous trouvons aujourd'hui. Ils pêchaient, chassaient et cueillaient des baies. Mes ancêtres, quant à eux, ont fini par arrêter d'envoyer un des leurs dans la forêt à chaque pleine lune."


"Ils ont arrêté leurs sacrifices parce qu'ils pouvaient obtenir tout ce dont ils avaient besoin grâce aux colons ? Mais leur marché avec les créatures ?"


"Ils vivaient en paix aux côtés des hommes blancs", a recommencé Daniel. "Les marcheurs des bois étaient bien évidement enragés par le fait qu'ils avaient brisé leur entente, ils regardaient les colons et les membres de ma tribu, tapis dans l'ombre, près de la limite de la forêt. Leur rage pouvait se faire sentir. Tard un soir, quelques prospecteurs qui étaient allés pêcher au lac sont rentrés en empruntant la forêt. Les marcheurs des bois ont violemment pris l'un des chercheurs d'or, devant ses collègues aux yeux ébahis, avant que ses cris commencent à ruiner le calme ambiant. Les survivants ont quitté la forêt en panique, laissant tomber leur or et leur ami, et n'y sont jamais retournés. Depuis ce jour, à chaque fois que quelqu'un s'aventure dans les bois après le coucher du soleil, il disparaît sans laisser a moindre trace." Daniel a pris une profonde respiration.


"Quand les gens ont commencé à éviter la forêt, les marcheurs, eux, ont commencé à jouer des tours pour attirer les gens dans les bois: Ils imitaient des pleurs d'enfant ou d'êtres aimés la nuit. Toutes les malheureuses personnes qui allaient dans les bois à la rescousse des supposés êtres chers n'en ressortaient pas. Ils ont même déjà enlevé trois mères de la tribu en un seul soir; elles avaient entendu des pleurs de bébés dans la forêt, et étaient parties les secourir, ou plutôt étaient parties pour ne plus jamais revenir."


"Ils peuvent donc imiter des sons et des voix ?" ai-je demandé confus.

"Oui, ils peuvent prendre la voix de n'importe qui ou quoi qui te pousserais à entrer les bois.", m'a-t-il répondu en se grattant la tête. "L'avidité d'or était plus forte que le danger de se faire enlever. De plus en plus de blancs venaient chercher leurs pépites dorées, avant que de plus en plus d'entres eux disparaissent ou déménagent, et que cette ville soit aussi déserte qu'une église après sa messe. Les femmes veuves ayant des enfants sont restées. Toutes les personnes qui habitent ici aujourd'hui, aussi minimes sont-elles, sont descendantes d'une personne disparue. Ma tribu aidait et invitait ces pauvres femmes attristées à rester dans la ville, le règlement formel interdisant l'entrée dans la forêt la nuit a ensuite été instauré."


"Pourquoi des gens vivent-ils encore ici ?", ai-je demandé "pourquoi ne font-ils pas leurs boîtes ? Pourquoi ne déguerpissent-ils pas d'ici ? Pourquoi ne quittent-ils pas ce fléau ?" 


"Mes ancêtres ont fait un pacte avec ceux qui restaient de la période dorée: ils ont accepté de garder l'endroit loin de tous les dangers potentiels, et de tout le reste du monde. Ils avaient fait un marché et l'avaient brisé, mettant en danger tous leurs cohabitants. Peu importe ce qu'ils disaient ou ne disaient pas, le monde trouvait toujours un moyen de faire savoir que l'endroit étaient idéal pour la pêche, la chasse et l'exploitation d'or. Des gens venaient et disparaissaient. Ils les avertissaient, mais les voyageurs allaient tout de même dans la forêt la nuit. Dans les années soixante, un groupe, ayant entendu parler de l'endroit, a essayé de construire une loge sur le bord du lac pour pêcher. Ils sont tous disparus. Les habitants ont essayé de les avertir, mais ils ont répliqué, traitant les vaillants habitants de malades mentaux. C'est seulement depuis récemment que cette ville est tombée dans l'oubli et que plus personne n'en entend parler; il n'y a eu que quelques disparitions durant les dix dernières années."


"J'ai vu les fondations", ai-je dit captivé comme je ne l'avais jamais été avant. Il s'est de nouveau levé en direction d'un cabinet de rangement. Il a tiré le tiroir le plus éloigné du sol, créant en même temps un nouveau nuage poussiéreux indésirable, et en a sorti un cartable noir rempli à pleine capacité de feuilles blanches. 

"Ici", a-t-il dit en me tendant le cartable, m'incitant à le prendre. 

"Qu'est-ce que c'est ?", ai-je dit en prenant le cartable plus lourd que je le pensais.

"Ceci contient tous les cas de disparitions non-résolus dont j'ai été chargé pendant ma carrière. Tous les disparus habitaient la région."

"C'est fou ! Il doit y avoir des centaines de cas !", ai-je dit après avoir ouvert le cartable.


"Certaines personnes disent que je suis un détective de merde. Je sais ce qui est arrivé à ces pauvres personnes, mais ce n'est pas quelque chose que je peux mettre dans un rapport officiel et être ensuite capable de garder mon travail. Elles ont toutes été vues pour la dernière fois durant la soirée, avant de pénétrer la forêt."


J'ai terminé ma conversation avec Daniel attablé à la cuisine devant quelques biscuits, peu avant que ce dernier commence à se préparer pour aller travailler; il devait aller s'occuper d'un cas de disparition deux villes plus loin. Il m'a laissé partir avec son cartable et son livre. 


Le soir même, j'ai installé une petite caméra et un micro sur le côté opposé du portail de la cour arrière des parents de Diane, l'ai synchronisée avec mon portable, et j'ai commencé à enregistrer. J'ai laissé mon portable sur la table de chevet attenante à mon lit, et suis descendu pour souper.


Assis sur la terrasse arrière, après le savoureux repas, j'ai lu un peu d'histoires recueillies dans le livre de Daniel, avec passion et intérêt. La seule chose ayant réussi à briser ma concentration fut un bâton traîné sur le portail, suivi du cliquetis du loquet du portail. "Pile à l'heure !", a dit Robert, un brin d'humour dans sa voix. Les captivantes histoires de Daniel m'avaient fait oublier ma caméra.


Une fois rentré à l'intérieur, je suis vite allé au lit, suivi de Diane, où je lui ai raconté, tout excité, les nombreuses choses que j'avais apprises plus tôt dans la journée.


"Tu devrais interviewer les voisins. Ils sont presque tous rendus vieux et on pris leur retraite depuis belle lurette; c'est presque sûr qu'ils seront chez eux."

"Je crois que c'est ce que je vais faire demain", ai-je dit tout enthousiaste à l'idée d'avoir trouvé un site cryptozoologique légitime, que je pourrais faire découvrir au reste du monde, et surtout à mes étudiants.


"À une seule condition: tu devras me faire un déjeuner de luxe demain matin", a dit Diane. "Maman et moi allons aller cueillir des bleuets demain après-midi. Elle va faire une tarte avec. Tu verras, je suis sûre que tu vas l'adorer, c'est sa spécialité."

"Marché conclu." Je suis allé appuyer sur l'interrupteur pour éteindre la lumière, et ai réalisé en même temps que ma caméra enregistrait toujours, en croisant mon ordinateur portable du regard. 


"Diane ! Regardons si la caméra a attrapé ce qui traîne un bâton sur la clôture chaque soir et qui déverrouille le portail !" Diane s'est assise sur le lit, alors que mes doigts parcouraient la souris pour enlever l'écran de veille. Lorsque celui-ci a laissé place à ce que la caméra enregistrait, nous avons tout de suite remarqué qu'elle filmait une fenêtre au lieu de filmer le portail, qui devait, normalement être en face d'elle. 


"C'est la fenêtre de notre chambre", a marmonné Diane. Je me suis levé et suis allé voir à travers la fenêtre. Je pouvais voir la petite lumière rouge qui certifiait que la caméra était bel et bien ouverte. Quelque chose l'avait déplacée. Personne ne l'avait touchée depuis que je l'avais installée, ça, j'en étais sûr. Je suis rapidement retourné sur mon portable, et ai rembobiné ce que la caméra avait filmé. À 8:57, la caméra avait commencé à remuer un peu, avant de violemment tomber sur le gazon sec, et avant que le loquet saute, comme à l'habitude. La chose qui avait fait ça était hors caméra. 


"As-tu entendu ça ?", ai-je dit tout de suite après que la porte eut fini de s'ouvrir par elle-même. 

"Entendu quoi ?", a immédiatement répondu Diane. J'ai monté le volume sonore et j'ai reculé l'enregistrement, pour finir par entendre, dans une voix étouffée: 

"Pas. Vu. Encore." C'était discret, mais clair. 

"Qu'est-ce que c'était ?", a dit Diane dans une voix troublée et choquée. 

J'ai rapidement avancé l'enregistrement pour en revenir où nous nous étions arrêtés, alors que le portail s'ouvrait. Une fois la porte de l'inexplicable ouverte, la caméra recommençait à bouger. Elle se rendait ensuite à l'endroit où elle était maintenant, à la fenêtre. Les lumières de notre chambre s'allumaient et on pouvait entendre en arrière-fond un rire. Un rire d'enfant.


"John, ça me fout la trouille." Diane a sauvagement fermé l'écran de mon portable, avant de retourner sur son côté du lit et de s'enrouler sous les couvertures.

"Ferme les lumières, on dort maintenant." J'ai exigé ses ordres et ai fait comme elle.


Le lendemain, après avoir été déjeuner avec Diane dans un restaurant dans la ville voisine (je l'avais emmenée là parce que j'étais trop lâche pour cuisiner un déjeuner de luxe moi-même), je suis allé faire du porte-à-porte en ville pour poser des questions sur les habitants de la forêt aux quelques habitants de la ville, qui se comptaient sur les doigts de la main. Ils étaient au début réticents à l'idée de me parler, mais ce doute s'est éclipsé au moment où j'ai expliqué qui j'étais, mes théories et mon intention. Une fois ces précisions faites, j'ai été accueilli à bras ouverts dans les foyers des habitants. Ils avaient, sans surprise, une panoplie d'histoires à raconter. J'ai écrit autant d'histoire que mon calepin l'en permettait. Elles différaient toutes entre des proches disparus, des voix qui venaient des bois entendues la nuit et des groupes de touristes tous disparus en une seule nuit, sans aucune trace. La majorité était des histoires d'êtres aimés partis faire un balade nocturne dans la forêt ou encore qui n'ont pas réussi à en sortir avant la tombée de la nuit. Les habitants de cette ville avaient l'air de croire dur comme du fer aux créatures des bois, bien que personne n'a jamais réussi à les voir.


Un vieil homme vêtu d'un veston m'a mentionné que sa sœur était, un après-midi, partie promener son chien dans la forêt et qu'elle n'en est jamais ressortie. Que les mois suivants, il pouvait entendre cette dernière l'appeler à chaque soir. Il s'était promis de ne jamais entrer les bois après le coucher du soleil et, petit à petit, les voix se sont arrêtées par elles-mêmes. 


Après avoir dîné, j'ai dépensé quelques des nombreuses heures de soleil restantes à prendre des notes sur les cas de disparitions. Mon crayon a seulement arrêté de bouger lorsque j'ai donné un baiser à Diane, qui allait, comme prévu, cueillir des bleuets avec sa mère, dans la forêt. Elle m'avait promis d'être rentrée d'ici une heure ou deux. J'étais parfaitement d'accord à l'idée qu'elle et sa mère s'aventurent dans la forêt, parce qu'il restait amplement d'heures ensoleillées à la journée. 


"Es-tu sûre de vouloir aller là-bas après avoir vu la vidéo de hier soir ?", lui ai-je tout de même demandé.

"Il ne s'est jamais rien passé de mauvais durant le jour, et en plus, maman est à mes côtés. Je suis sûre que toute cette histoire de caméra n'est qu'une blague faite par mon père."


"Fais juste très attention de revenir à temps." Elle a souri, a refermé la porte derrière elle, et je suis retourné, quant à moi, à ma lecture/prise de note. 

Chaque cas avait le même lot de circonstances. La personne a été vue pour la dernière  fois pénétrant les bois avant la tombée de la nuit ou encore entrant les bois durant la nuit, pour ne pas revenir à l'aube. La plupart des cas décrivaient des témoignages où quelqu'un affirmait avoir entendu des bruits provenants de la forêt la nuit de la disparition. Il y avait même un cas de disparition où la police était entrée dans la forêt la nuit pour chercher un disparu et... inutile de vous raconter la suite. La presse avait tenu des ours et des loups responsable des disparitions, théorisant que le disparu s'était perdu et était tombé nez à nez avec les animaux sauvages. 


Exaspéré de ma prise de note, vers la fin de l'après-midi, j'ai fermé le cartable recensent les différents cas, et me suis lourdement écrasé contre le dossier en cuir du sofa. Mon repos n'a pas duré longtemps; après avoir pris une profonde respiration, j'ai commencé à ramasser les feuilles, crayons et stylos qui traînaient sur la table basse. 


La porte principale a ensuite commencé à s'ouvrir tranquillement. J'ai regardé, pour finir par voir non pas Diane, non pas sa mère, mais, étonnement, Robert, franchir le seuil de la porte.


"Hé, je ne savais pas que tu étais toi aussi parti", ai-je dit avec un ton fatigué.

"Oui, tu étais plongé si profondément dans ta lecture que tu n'as même pas remarqué mon absence. J'étais parti chercher de l'essence pour ma tondeuse à gazon dans la ville voisine. La pelouse du jardin arrière commence à se faire longue; ça m'étonne qu'elle pousse encore car elle est assez jaune." 


"Garde un œil ouvert pour Diane et Mary, elles sont parties cueillir des bleuets dans les bois et ne sont toujours pas revenues."


"D'accord, il reste encore au moins 3 heure et demi avant la tombée de la nuit; elles ont encore le temps." Je pouvais discerner une touche d'inquiétude dans sa voix. 

J'ai fini de ramasser ma paperasse, et suis allé retourner à Daniel les choses qu'il m'avait prêtées. Lorsque je suis arrivé devant sa maison, il était assis sur le porche, toujours dans son uniforme de police, une bière à la main. 

"John !", a-t-il crié en levant sa bière en guise de salutation. "Je vois que tu es revenu me porter mon cartable et mon livre. As-tu trouvé ce que tu cherchais ?"


Je lui ai tendu ses deux biens et me suis assis sur la chaise à côté de lui. "J'ai trouvé un paquet de choses intéressantes ! Je suis même allé poser quelques questions aux habitants du coin. Tout le monde pense qu'il y a quelque chose dans les bois. Tous les cas de disparition sont identiques. Les histoires de tes ancêtre sont toutes très intéressantes; mais dis-moi quelque chose: pourquoi des gens vivent-ils toujours ici ? Je comprends le fait que tes ancêtres ont fait une pacte, mais pourquoi ne pas partir ?"


Daniel a déposé sa bouteille de bière sur les planches de bois qui composaient le porche, avant de prendre une profonde respiration. "Ça peut sonner stupide, mais il y a eu une entente, un contrat, érigé par nous, les habitants de la ville, où nous promettons d'y rester et de s'assurer qu'aucun nouveau bâtiment ne sera construit au-delà de ce qui l'est déjà. Nous ne voulons pas que d'autres personnes aient à souffrir la même chose que nos ancêtre. Tout le monde ici a de la parenté avec un prospecteur ou un colon venu plusieurs décennies de cela. Tout le monde ou presque a perdu quelqu'un dans les bois. Tous ces bâtiments abandonnés appartenaient à quelqu'un, un disparu. Leurs proches ont accepté de ne pas les vendre et de les laisser se transformer en poussière. C'est le même cas pour quelques maisons plus haut dans la rue. Après tout, pourquoi vendre quelque chose d'une ville aussi horrible à quelqu'un ? Nous avons grandi ici. Nous savons ce que c'est d'entendre des voix et des bruits la nuit. Si tous les habitants de la ville mourraient et que cet endroit s'effacerait de la carte, ce serait probablement le mieux pour tout le monde."


Il a pris une autre profonde respiration. "Nous sommes les dernières personnes à vivre ici. Les parents de Diane ont été élevés ici, Diane, elle, non. Lorsqu'ils seront morts, leur maison restera abandonnée à tout jamais, comme les autres."

J'étais assis, sans voix, essayant de créer des liens avec les choses que Daniel m'avait dites. 


"À quoi ressemblent-ils ?"

"Qui ?", m'a répondu Daniel, le dos bien droit, comme si il était surpris de ma question. "Les marcheurs des bois, les fées ou peu importe comment vous les appelez, à quoi ils ressemblent ? Je n'ai trouvé aucune description dans les textes que vous m'avez prêtés." Je regardais maintenant Daniel avec un regard très sérieux.


"Ce soir, c'est la pleine lune. Seulement quelques personnes sont disparues dans les bois les dix dernières années. Ils sont en colère. On peut le ressentir dans l'air. Je vais prendre ma retraite dans deux ans. J'ai consacré ma vie à chercher des disparus. J'ai souvent été dans les bois durant le jour. Ils sont très dur à voir. Ils sont grands et très minces. Si tu regardes attentivement, tu peux voir leur contour au travers des arbres. C'est très dur de réussir à les apercevoir et ce, même en plein jour, et même si ils sont environ cent, selon mes estimations. Ils ne bougeront pas, jusqu'à la tombée de la nuit, mais une fois la nuit tombée..."

Daniel a pointé les bois, qui étaient en face de sa maison. J'ai regardé, plissé les yeux, mais tout ce que j'ai vu, c'était des pins. Juste des pins.


Je l'ai remercié pour son temps et sa gentillesse, et suis retourné à la maison des parents de Diane, dans la lumière déclinante. Le soleil était presque couché, et une petite brise soufflait derrière ma tête, et à travers la forêt; on aurait même dit qu'elle respirait. Je marchais sur le trottoir fissuré, examinant la forêt du regard, à la recherche de ce que Daniel m'avait parlé. 


Après quelques minutes de marche, la lune, qui était pleine, a pris la relève sur le soleil, illuminant la rue dans un éclat de lumière bleutée. À part le sifflement du vent, c'était le silence total: pas d'insectes, pas de chouettes, rien du tout. Seuls mes pas et la brise remplissaient la nuit. J'allais être rentré d'ici cent pieds.


"JOHN !!!!!!", un cri rempli d'effroi provenant de la forêt est venu briser le calme ambiant. Ce cri. Je connaissais cette voix: c'était celle de Diane. Les poils de mon dos se sont redressés comme ceux d'un chat, alors que mon cœur pompait mon sang à une vitesse incroyable. Diane n'était pas revenue avec sa mère lorsque j'ai quitté. Et si elle s'était perdue ? Et si elle était blessée ? Et si elle était en train de se faire enlever par les marcheurs ?

"JOHN !!!!!!", un autre cri est venu renforcer mon stress. Il sonnait comme le cri d'une personne en train d'agoniser, cherchant un dernier espoir. 


J'avais parcouru 20 pieds dans la forêt lorsque j'ai réalisé ce que j'étais en train de faire. Mes yeux analysaient l'étendue de conifères, avant qu'un autre cri strident ne retentisse dans la nuit, mais cette fois, c'était le mien. "DIANE !"... pas de réponse, à part le sifflement du vent. La lune, dont la lumière perçait les branches épineuses des conifères, était si lumineuse que je pouvais voir tout autour de moi. "DIANE !", essoufflé, je respirais par la bouche. Je fixais la dense forêt de pins, avant d'apercevoir un mouvement. Il n'était pas seul. Il y avait des mouvements partout. Peu importe ce que c'était, ils étaient silencieux et opaques. Presque invisibles. Sorties de nul part, les formes opaques sont devenues réalité. Ils étaient de la grandeur d'un humain, avaient la peau blanche, ils avaient des jambes, bras et corps très fins. La peau de ces créatures avait l'air sèche, et je pouvais y discerner des côtes. Elle n'était néanmoins pas aussi laide que la tête de ces bestioles: large, garnie de deux épaisses cornes de chaque côté, et un trou noir... un trou noir, pas de nez, d'yeux, de bouche, non, seulement un trou noir, centré au milieu du visage.


Mes muscles étaient tendus, alors qu'une peur noire envahissait mon corps. Je ne pouvais pas bouger. Une douzaine de ces choses se tenait devant moi. Ils étaient tous aussi laids les uns que les autres. Je voulais courir. Je ne pouvais pas. Une des créatures s'est lentement approchée de moi. Elle s'est arrêtée à environ 10 pieds. Un silence mort baignait dans la scène. 


Le trou au milieu de sa tête s'est agrandi, comme si quelque chose essayait d'en sortir. Une tête en est sortie.


Ma mâchoire est tombée. Je pouvais entendre mon cœur battre à travers mes oreilles. Ses cheveux étaient noirs et graisseux. Ses yeux étaient complètement noirs. Sa peau était pâle. Elle m'a regardé. Pendant ce qui m'a semblé être une éternité, je la fixais. Sa bouge a fini par s'ouvrir.


"John", sa voix s'est répandue à travers la forêt dans un long écho. C'était la voix de Diane. La confusion s'est emparée de moi, alors que la tête faisait un horrible mouvement, regardant de la gauche à la droite. "John... John... John...", mon nom se répétait de plus en plus vite et de plus en plus rapidement. Puis, un rire mécanique s'en est échappé. Des larmes chaudes coulaient sur mon visage, se rendant sur mes lèvres tremblantes. Elle a ensuite arrêté.


Le visage s'est fendu en deux, d'un côté à l'autre, comme si il avait été tranché à l'aide d'une scie mécanique, révélant une quantité phénoménale de dents pointues comme des rasoirs, et quelques tentacules semblables à des langues. La créature a hurlé. C'était si aigu que j'avais l'impression que mes oreilles allaient se mettre à saigner. Je me suis agenouillé sur le sol, tenant mes oreilles, et en réalisant que depuis la première fois que j'avais vu ces bestioles, je pouvais bouger. J'ai commencé à me traîner à quatre pattes sur le sol, éloignant mon corps de ces abominations. La créature s'est elle aussi mise à courir à quatre pattes accompagnée de trois de ses consœurs, d'une manière complètement inhumaine. Je savais que je n'avais pas le temps de me lever et de continuer ma fuite debout. Elles étaient presque sur moi. J'ai levé mes bras pour couvrir mon visage.


"NON !", ai-je crié avant d'enlever mes bras. Rien. Je ne ressentais aucune douleur. Aucune créature n'était sur moi. "JOHN ! MAMAN ! PAPA ! NOOOON !" Un cri a retenti dans la voix de Diane, et cette fois, il semblait provenir de la maison de ses parents. Je me suis levé, essayant de comprendre ce qu'il se passait. Les créatures étaient parties, mais une chose s'est rapidement éloignée de moi, arrachant de la terre et faisant vibrer des branches. 


"Mary, NON !", un autre cri s'est fait entendre. Il était de la part de Robert. J'étais confus, mais surtout effrayé, et je n'allais pas rester dans ces bois une minute de plus. J'ai couru aussi rapidement que mes jambes me le permettaient vers la maison de Robert et Mary. Robert était dans la cour arrière restreignant Mary, qui se débattait en criant: "non, laisse moi partir... laisse moi partir."

"Elle est partie, ils pourraient te prendre toi aussi si tu vas là."

"Que s'est-il passé", ai-je demandé inquiet. 

"Oh mon dieu John !", a dit Robert en se tournant vers moi, l'air choqué. "Diane a juré t'avoir entendu crier dans les bois et est partie à ta rescousse, nous avons essayé de l'en empêcher mais..." Un cri de douleur venant de Diane a retenti au loin. Ma peur et ma montée d'adrénaline se sont transformées en colère. Ils avaient pris la femme que j'aimais. Ces affreuses créatures avaient pris Diane. Sans réfléchir, je me suis précipité vers le garage, ai saisi le bidon d'essence fraîchement rempli par Robert plus tôt dans la journée, ainsi qu'une torche au propane qui traînait sur l'établi et suis retourné dans l'arrière-cour. "Robert, tiens ça", ai-je commandé, alors que j'aspergeais la limite de la forêt avec de l'essence. "Bordel, mais qu'est-ce que tu fous ?", m'a crié Robert, toujours en train de consoler sa femme, une torche au propane à la main. Je l'ai regardé droit dans les yeux. "Donne moi la torche. Ils veulent me prendre ce que j'aime, je vais leur prendre ce qu'ils aiment." Il a tranquillement tendu la torche que je lui avais léguée plus tôt. 


La forêt était sèche. Une brise soufflait sur cette dernière. J'ai lancé le bidon contenant un fond d'essence dans un buisson, avant d'allumer la torche, qui est rapidement allée le rejoindre. En un dixième de seconde, les flammes sont venues s'emparer des branches, des buissons et des plantes environnantes. Le ciel s'était, en un éclair, transformé en dégradé orange, garni d'étincelles et de fumée. J'ai attrapé Robert et Mary, qui étaient sous le choc de ce que je venais de faire, et les ai emmenés     

devant la maison. Le feu s'est propagé extrêmement rapidement, et tous les habitants de la ville se tenaient maintenant dans la rue, regardant la forêt de pins partir en fumée. Je suis resté à leurs côtés, les yeux pleins de rage. 


Des cris inhumains virent rapidement se joindre au crépitement du bois en pleine combustion. Ils étaient perçants comme des couteaux, perçants à un tel point que certaines personnes tenaient leurs oreilles. Plusieurs sont rentrés chez eux, effrayés et paniqués, alors que d'autres se collaient pour se rassurer. Les cris ont fini par s'arrêter d'un coup sec, laissant le son de l'incendie prendre la relève. 


Quelqu'un a appelé les pompiers, mais ils ne pouvaient rien faire. Les flammes s'étaient répandues si rapidement que la forêt était entièrement partie en cendres, avant qu'ils ne puissent élaborer un plan. Je me suis rendu à la police, honnête comme je suis. Ils m'ont, bien évidement arrêté. J'ai passé les trois jours suivants dans une cellule étroite, dans le poste de police de la ville voisine. Là-bas, je n'ai pratiquement pas eu de contacts humains. Les officiers passaient devant ma cellule, m'ignorant. Ils avaient l'air débordés, et ne trouvaient du temps que pour me nourrir et regarder si j'étais toujours dans ma cellule avant l'heure du couché. 


Le matin du quatrième jour, lorsque je me suis réveillé, Daniel était là pour m'accueillir. 

"Bon matin", lui ai-je dit, sur un ton grincheux.

Il a ouvert la cellule. "Tu es libre de partir, John."

"Quoi ?", j'étais confus et un peu choqué.

"Viens avec moi", m'a-t-il dit. Je me suis levé et ai fait ce qu'il me disait.

"Ils ont trouvé Diane."

"Est-ce qu'elle va bien ? Est-elle blessée ? Comment..." Mon cœur était plus que joyeux dans mon état confus.

"Elle a de sévères brûlures, quelques coupures, souffre d'inhalation de fumée et a l'air un peu confuse, mais elle est toujours vivante. Viens dans ma voiture, je vais t'emmener à l'hôpital la voir. Je te l'aurais bien dit plus tôt, mais je suis très occupé depuis l'incendie."

"Mon dieu !", ai-je crié. "Mais, pourquoi suis-je libre ?"

"Je t'expliquerai tout dans la voiture... Une fois que nous y serons, dépêche-toi."


La promenade en voiture menant à l'hôpital a duré environ une heure. Pendant cette balade, Daniel m'a expliqué que j'étais le dernier souci de la police. Aucune des maisons n'a été touchée par les flammes: le vent avait soufflé le feu dans la direction opposée. Les équipes de recherches ont passé le terrain au peigne fin, et ont fini par retrouvé Diane, au bord du lac, nue, en état de choc, mais vivante.


Le majeur problème pour la police dans cette histoire, c'était les centaines de squelettes retrouvés dans les débris. Ils n'étaient pas dispersés comme les victimes d'un feu normal le seraient, non. Les troncs de pins calcinés contenaient des dizaines de squelettes, comme si ces derniers avaient été remplis avec les ossements. Daniel m'a montré une photo prise à l'aide de son téléphone, elle montrait un arbre, ou du moins, la souche qu'il en restait, rempli par un squelette humain, contorsionné dans une horrible façon. Des espèces de racines brunes entouraient les os, d'une telle manière qu'on aurait cru que l'arbre et le squelette avaient réussi à cohabiter ensemble, à se fusionner. Certains squelettes ont été identifiés comme les disparus des cas irrésolus par Daniel, tandis que d'autres ont été identifiés comme étant âgé de plus de cent ans.


Le coroner était, au moment où je parlais avec Daniel, en train d'essayer de trouver à qui les dépouilles non-identifiées pouvaient appartenir, et comment avaient-elles bien pu se retrouver coincées dans des arbres. 

"La majorité des cas va probablement se résoudre grâce à l'incendie. Je n'ai dormi que quelques heures les derniers jours, à cause de tous les papiers que je dois remplir."


Daniel m'a déposé sur le parking en asphalte de l'hôpital. J'ai réussi à me frayer un chemin jusqu'à la chambre de Diane, où ses parents remerciaient Dieu pour sa bonté. 

Diane était recouverte à moitié de peau brûlée, et présentait plusieurs coupures profondes. Elle fixait le mur, la mâchoire ouverte, sans cligner des yeux. Lorsqu'elle s'est retournée pour me voir entrer dans la pièce, lorsque nos yeux se sont croisés, elle a commencé à sangloter. J'ai accouru et ai commencé à l'embrasser tendrement.

"Ils m'ont enlevée. Ils ont déchiré mes vêtements, et ont essayé de me mettre là."

"Où", ai-je demandé. 

"Dans les arbres... Ils nourrissaient la forêt avec nous... Elle était mourante, ils ont trouvé le remède miracle."

Elle n'a plus rien dit pendant les longues minutes où je la tenais dans mes bras.


Lorsque Diane a eu la permission de sortir de l'hôpital, nous sommes rentrés à la maison. Ses parents ont fait leurs boîtes et ont acheté un condo près de où nous travaillons. Ça fait un an que c'est arrivé. Ses parents n'en parlent pas, elle n'en parle pas, je n'en parle pas, même si je suis toujours obsédé par la chose. 


La forêt étant partie, une compagnie de développement a acheté le terrain sur lequel la ville était assise, et l'a transformé en un cartier résidentiel moderne. Plus personne n'a été porté disparu dans le secteur. Certaines rumeurs disent que l'endroit est hanté et que la nuit on peut toujours entendre des voix et des pleurs. 


Ma caméra, qui était toujours accroché à la fenêtre, mais qui était tournée vers le portail, a enregistré la nuit de l'incendie. J'ai regardé la vidéo une fois, puis l'ai supprimée. Avant que Diane ne se fasse enlever, on peut voir le loquet sauter et le portail s'ouvrir, poussé par quelque chose d'opaque. La caméra se fait ensuite violemment jeter sur le sol. Ma voix... Ma voix peut être entendue, appelant le nom de Diane dans un ton effrayé. On peut ensuite voir Diane partir à la course dans la forêt, en disant mon nom. Alors qu'elle disparaît de la caméra, on peut entendre un rire d'enfant puis les paroles: "Nous prenons", dans une voix rauque. Les buissons autour du portail bougent violemment, avant que Diane se mette à crier. Je possède toujours mon club de cryptozoologie, et ne suis jamais retombé sur une histoire de créature aussi étrange que la mienne. Aussi obsédé que je suis d'essayer de trouver ce qu'elles étaient, si jamais j'entends parler d'une autre histoire de fées des bois qui enlèvent des personnes, je vais tout de même passer mon tour.

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